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Des médecins indonésiens formés en Israël aux interventions d'urgence

 
Les visiteurs ont rendu la pareille à leurs hôtes en animant un atelier de préparation aux tremblements de terre
Lorsque le Dr Noam Yifrach, président du Maguen David Adom (MDA), a raconté aux fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères qu'il avait reçu un visa d'entrée en Indonésie, on lui a répondu que le problème ne serait pas d'entrer dans le pays.

"Ils m'ont dit 'Nous sommes sûrs que vous pourrez y entrer', rapporte-t-il avec un sourire. "Ce qui nous inquiète c'est de savoir comment vous en ressortirez."

L'Indonésie, qui abrite la plus importante population musulmane du monde, n'a pas de relations officielles avec Israël et si les contacts entre les deux pays ne sont pas totalement inexistants, ils sont certainement très rares.

Mais cela n'a pas empêché le Dr Yifrach et David Abadi, coordinateur du MDA avec la Croix-Rouge et le Croissant Rouge, de se rendre le mois dernier à Djakarta, la capitale de ce pays, pour finaliser l'organisation d'un séminaire de deux semaines destiné à 23 médecins indonésiens et consacré à la "gestion des incidents à victimes multiples" – un sujet répondant hélas à un besoin pressant dans les deux pays.

 Quelque temps plus tard, dans un auditorium situé à l'intérieur de la station du Maguen David Adom à Tel-Aviv, le pas historique avait été franchi.

 Les médecins indonésiens étaient là avec l'équipe du MDA, en compagnie des représentants du Centre de coopération internationale (MASHAV), et les visiteurs, vêtus des habits traditionnels de leur pays, recevaient le diplôme de fin de cours.

 Des remerciements ont été échangés de part et d'autre et les conversations sur la manière dont chacun allait tirer profit de l'expérience de ce groupe prenaient le pas sur toute mention des différences politiques et religieuses.

"Il est plus facile de commander une pizza qu'une ambulance en Indonésie", expliquait le Pr Aryono D. Pusponegoro, au grand rire de ses collègues, faisant allusion au lamentable temps de réponse des équipes paramédicales dans son pays, qui affronte une sévère pauvreté et a été durement frappé par le tsunami qui a dévasté l'Asie du Sud-est en 2004.

 "En Indonésie, les gens ne savent ce qu'est un 'paramedic'  [spécialiste des premiers soins – Ndlr]", poursuit-il. "Mais après ce voyage, ils le sauront." 

Son objectif est certainement à portée de main. Après le succès remporté par la première délégation, le MDA et ses homologues indonésiens espèrent poursuivre les échanges de médecins entre les deux pays. Au cours des prochaines semaines, un groupe de médecins israéliens se rendra en Indonésie pour une nouvelle rencontre dans ce pays  et d'autres délégations du personnel médical indonésien devraient venir en Israël dans un proche avenir.

Les rencontres qui se sont récemment déroulées ici, à Shfayim la plupart du temps, n'étaient certainement pas à sens unique. Le personnel du MDA a rendu hommage à l'équipe indonésienne pour l'atelier qu'elle a animé sur la préparation et la réponse aux tremblements de terre, un domaine dans lequel les Indonésiens ont une grande expérience.

"Il y a un tremblement de terre presque chaque année en Indonésie", a expliqué Teddy Bunanta, un membre du groupe indonésien qui est ingénieur sismologue et fait office de consultant pour de nombreuses agences des Nations-Unies.

"Nous avons travaillé avec les Israéliens sur la manière de se préparer à un tel événement, car ils disposent des moyens et du système nécessaires pour mettre en place une telle réponse, mais doivent encore travailler sur la manière de les tenir prêts."

 Derrière les éclairs de flashs et les visages souriants, on trouve une relation mise en place lentement depuis plusieurs années par le Dr Aryono et Steve Stein, un homme d'affaires israélien qui oeuvre par des canaux discrets en Israël et en Indonésie pour faciliter ce type d'échanges.

 "Le plus important, c'est que 23 Indonésiens soient venus en Israël apprendre, au sein d'une organisation comme le MDA, comment sauver des vies", affirme M. Stein. "Ils ont été si impressionnés par le pays et tout le développement que l'on trouve ici, que la tête leur tournait. Ils m'ont même avoué qu'ils se sentaient troublés".   

 Steve Stein explique qu'avant d'arriver en Israël, les Indonésiens avaient une conception bien précise du Moyen-Orient et du conflit israélo-palestinien, leur image de l'Etat juif était façonnée par Al-Jazira ou d'autres représentations négatives issues du monde musulman au sens large.

 "Et soudain, ils se retrouvent ici", poursuit M. Stein, "et leurs yeux se décillent, ils regardent autour d'eux et ils découvrent que le pays est sûr et qu'il n'est ravagé par aucune guerre. Ils ont aussi vu les Lieux saints de Jérusalem et constaté le respect accordé à toutes les religions. Ils ont été très impressionnés. On a même emmené les Indonésiens à Sakhnin, en Galilée, visiter la station du MDA et prier dans la mosquée locale".

 "Ils ne pouvaient pas croire qu'il y avait une station du MDA, financée par des Juifs anglais, dans un village arabe de Galilée", rapporte Steve Stein. "Toute leur vision d'Israël a changé, ils voient tout ce qui se passe ici, et puis ils se retrouvent assis à Tel-Aviv en train de manger du houmous. C'était franchement surréaliste".

 Mais M. Stein souligne que ce qui a le plus impressionné les Indonésiens – médecins et spécialistes des premiers secours – c'est la formation médicale d'urgence qu'ils ont reçue. Ils étaient enthousiastes et impatients de rentrer chez eux pour appliquer tout ce qu'ils ont appris.  "Certains d'entre eux font déjà des plans pour revenir", affirme-t-il. 

Mais raconter combien cet échange était réussi, c'est faire abstraction de l'autre aspect de l'histoire. Les ramifications sociopolitiques d'une telle entreprise ont une forte résonance tant pour les Israéliens que pour les Indonésiens.

 La semaine dernière, tout le monde au sein de l'assistance était conscient de la signification de cette rencontre pour les relations d'Israël avec le monde musulman, et même si peu de gens étaient prêts en parler, quelques-uns l'ont exprimé de façon particulièrement claire.

 "Lorsqu'il y a des interactions entre les gens et que des relations personnelles se créent", déclare le Dr Aryono, "les choses commencent à bouger. C'est comme cela qu'il faut faire la paix. Dès que la politique s'en mêle et que les politiciens entrent dans le jeu, tout s'écroule."  

 

                                
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