Les Juifs de Toronto se mobilisent pour défendre une exposition de manuscrits de la mer Morte.    

le  03/08/2009 
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Les militants anti-israéliens protestent contre l'exposition de manuscrits de la mer Morte, vendredi, devant le Musée royal de l'Ontario.

Photo : avec l'aimable autorisation de la Fédération UJA du Grand Toronto

Une coalition d'organisations pro-palestiniennes demande au Musée royal de l'Ontario de fermer une exposition de manuscrits de la mer Morte qui a ouvert le mois dernier, sous prétexte qu'Israël aurait dérobé ces "objets palestiniens"durant la guerre des Six Jours.

La Maison de Palestine de Toronto et la Coalition contre l'apartheid israélien affirment que l'exposition "Les mots qui ont changé le monde" est illégale.

 

Lorsque le musée a refusé d'annuler cette exposition, qui doit durer jusqu'au 3 janvier, ces ONG ont demandé qu'à la place, il "présente au public et fasse paraître sur son site Internet l'opinion légale sur laquelle il s'est fondé pour organiser cette exposition", selon les termes d'un communiqué de la Maison de Palestine.

 

Ces organisations demandent au musée de solliciter un avis de l'UNESCO sur les questions éthiques et juridiques soulevées par cette exposition.

 

"Nous ne nous opposons pas à la présentation des manuscrits de la mer Morte au public", poursuit le communiqué. "Le problème que nous évoquons concerne le pillage par Israël d'objets palestiniens et la complicité dont le Musée royal de l'Ontario s'est rendu coupable en le légitimant par l'accueil de cette exposition."

 

Cette polémique a débouché sur une manifestation de protestation tenue vendredi 10 juillet devant le musée par des activistes anti-israéliens. Il n'y avait pas plus de 30 protestataires, dont la plupart étaient des Juifs de l'organisation "Pas en notre nom" (Not in Our Name), d'après Sally Szuster de la Fédération de l'Appel juif unifié (UJA) du Grand Toronto. 

 

"Nous continuerons les piquets de protestation et la campagne va s'intensifier", a déclaré Rafif Ziadah, porte-parole de la campagne.

 

Selon la Maison de Palestine et la Coalition contre l'apartheid israélien, le gouvernement israélien a mis la main sur ces manuscrits par le pillage et la force durant la guerre des Six Jours.

 

Les manuscrits ont été découverts entre 1947 et 1956 dans des grottes de la région de Qumran, sur la rive nord-ouest de la mer Morte. Jusqu'en 1967, ils se trouvaient au Musée Rockefeller de Jérusalem-est. Après la guerre, ils ont été transférés au Sanctuaire du Livre, au Musée d'Israël.  

 

"Le site de cette découverte et celui du Musée Rockefeller ne sont pas et n'ont jamais été sous souveraineté israélienne. La saisie de ces manuscrits était illégale, selon la loi internationale", affirme un communiqué de presse.

 

La communauté juive ne prend pas ces accusations à la légère.

 

Des appels à acheter des tickets d'entrée et à visiter l'exposition ont été lancés dans la communauté juive et non-juive. Selon un e-mail diffusé massivement au sein de la communauté juive, on espère qu'une hausse importante de la vente des billets sera porteuse d'une forte signification publique.

 

"[Ces accusations] s'inscrivent dans le cadre d'un effort permanent pour nier la continuité de la présence juive en Israël. Les manuscrits de la mer Morte fournissent une preuve incontestable des faits historiques qui sous-tendent la légitimité d'Israël comme Etat juif", écrit le président de la Fédération UJA du Grand Toronto, David Koschitzky, dans cet e-mail.

 

"En tant que tels, [ces manuscrits] représentent une menace pour les efforts permanents visant à occulter le lien unique du peuple juif avec la Terre d'Israël. On nous a fait savoir que le gouvernement de l'Ontario et le Musée royal de l'Ontario s'étaient assurés du total respect des lois canadiennes relatives à la propriété culturelle."

 

La Maison de la Palestine n'est pas la seule organisation à combattre cette exposition. Frédéric Geisweiler, propriétaire d'un bistrot français à Toronto, a utilisé le site Internet de son restaurant pour afficher son opinion sur la manière dont Israël est entré en possession de ces manuscrits. Comme la Maison de Palestine et la Coalition, Geisweiler affirme qu'Israël les a acquis par le pillage.

 

"Bien que nous nous efforcions de vous présenter sur cette page ce que notre ville offre de meilleur, nous souhaitons – une fois n'est pas coutume – vous mettre en garde contre une expositions dont les pièces ont été obtenues par la force et le pillage", écrit Geisweiler sur son site, dont ce texte a cependant été retiré après une semaine.

 

Len Rudner, directeur régional pour l'Ontario du Congrès juif canadien, indique qu'il a reçu une vingtaine de mails sur les réflexions de Geisweiler. Elles ont fait l'objet de discussions sur de nombreux forums en ligne, parmi lesquels des sites consacrés aux restaurants, les gens s'interrogeant sur ce que l'on pouvait faire.

 

Dans le texte de Geisweiler, il indiquait avoir utilisé "Wikipédia comme source" pour ce qui concerne la nature de la guerre des Six Jours.

 

Vicky Tobianah,  étudiante à l'université McGill de Montréal, a écrit une lettre publiée dans le quotidien National Post, basé à Toronto.

 

"Si Wikipédia est la meilleure défense que [Geisweiler] puisse nous présenter, je ne vois pas pourquoi les gens se donneraient la peine de tenter de démontrer que ses réflexions sont incorrectes", écrit Vicky Tobianah.

 

Elle poursuit en expliquant qu' "en tant qu'étudiante en science politique à l'université McGill, je peux vous dire que nous ne sommes pas autorisés à citer Wikipédia comme source : nos professeurs soulignent inlassablement ses effets négatifs sur les étudiants. Si M. Geisweiler tire ses connaissances historiques d'un site Internet que chacun peut modifier à sa guise, il nous prouve seulement ainsi l'étendue de son ignorance."

 

Avant le récent tollé, les Juifs locaux attendaient cette exposition avec impatience.

 

"Nous voulons indiquer sans équivoque que notre communauté célèbre les manuscrits de la mer Morte comme une part de notre héritage culturel et spirituel", écrivait David Koschitzky dans un e-mail antérieur. "Toute tentative pour contester la présence historique d'Israël sur la Terre d'Israël au moins depuis l'époque des manuscrits de la mer Morte – voilà 2000 ans – sera vouée à l'échec !"

 

L'exposition (www.rom.on.ca/scrolls) comprend 17 des manuscrits de la mer Morte, dont quatre sont présentés au public pour la première fois.

 

On trouve parmi eux le manuscrit du Livre de la guerre, le manuscrit de l'Apocalypse messianique et un passage de la Genèse racontant la tentative de séduction de Joseph par la femme de Putiphar.

 

Avec les manuscrits sont exposés des objets juifs et romains provenant de différents sites parmi lesquels Qumran, Jérusalem et Sephoris (Tzipori).

 

 

 
 

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